Le livre du lundi : 547 jours

L’enlèvement de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière a fait couler beaucoup d’encre. Ce dernier revient, plusieurs mois après leur libération, sur l’ensemble de cette affaire.

547 jours.

S’il y a bien une chose qui transpire de ce témoignage, c’est la colère. Hervé Ghesquière raconte dans ces pages sa propre version de l’histoire. Il revient sur les évènements et les décisions qui ont mené à sa capture, celle de son collègue et de leurs trois accompagnateurs afghans. Il insiste surtout sur l’attitude des responsables politiques qui ont pris l’initiative de la polémique, dès les débuts de leur détention.

L’auteur et ex-otage a pu rencontrer au cours des derniers mois les différentes personnalités impliquées. De Nicolas Sarkozy à Claude Guéant en passant par Alain Juppé et le général Jean-Louis Georgelin, ils ont tous répondu à ses questions. La plupart semblent hésiter après coup sur la légitimité du discours qui a longtemps été tenu, dénonçant l’irresponsabilité des deux journalistes de France 3. En effet, selon les conclusions de Hervé Ghesquière, tous se sont informés auprès d’une seule source et n’ont pas cherché plus loin les justifications de la capture des deux hommes par les talibans.

Cette unique source a refusé de donner sa version au reporter. Officier média nommément désigné à chaque chapitre et chaque conférence à laquelle participe Hervé Ghesquière, il pourrait être celui qui est à l’origine d’un compte-rendu incendiaire sur les deux journalistes dans lequel il dénonce leurs provocations. Un rapport qui aurait rapidement donné lieu à une image des plus négatives et à une salve de reproches de la part des politiques.

Le journaliste, s’il reconnaît ne pas avoir été tendre avec les officiers communication auxquels il a été confronté, exprime pourtant des doutes légitimes pour un professionnel de l’information. Comme d’autres, il estime que la présence permanente de ces gradés complique radicalement la tâche des reporters auprès de troupes militaires, certainement beaucoup plus que d’autres institutions comparables comme l’armée américaine. L’auteur fait remarquer qu’il peut être intéressant de se questionner sur la démarche : qu’une grande chaîne d’information publique se sente obligée de proposer un hommage aux militaires pour espérer se rendre en Afghanistan et qu’elle reçoive un courrier de rappel à l’ordre lorsque la hiérarchie militaire a le sentiment que le propos pourrait être négatif … suscite des doutes quand à la liberté de la presse dans ces conditions.

Au delà de la polémique sur la couverture médiatique du conflit afghan, l’ouvrage contient quelques détails intéressants sur l’insurrection  Hervé Ghesquière reste l’un des rares observateurs a être resté aussi longtemps auprès de ces combattants. Il décrit leur peur des civils, possibles sources d’information pour la Coalition. Il raconte leur difficulté à trouver des abris pour cacher leurs prisonniers, les hôtes étant de moins en moins coopérants alors que les négociations s’éternisent.

Dans l’ensemble, ce document intéressera surtout les lecteurs intéressés par la polémique des otages de France 3. L’auteur se répète régulièrement, ne facilitant pas toujours la lecture de son ouvrage. On pourrait également lui reprocher de ne pas avoir, au détour de quelques pages, une pensée pour les soldats tués pendant sa captivité. Il semblerait en effet que quelques uns l’ait été en participant aux recherches.

547 jours
Hervé Ghesquière
Editions Albin Michel
Août 2012
295 pages
18,50 €

A propos de l'auteur

ActuDéfense est un site d'information sur les thématiques liées à la défense, à la sécurité, au monde militaire et à la diplomatie. Il a été fondé en juin 2009 par Romain Mielcarek. Il devient un support de réflexion collaboratif à la rentrée 2012.

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Commentaires (4)

  • G.

    Vous ne parlez pas de la longue période de quasi-trêve dans certains zones qui a été imposé aux forces françaises à cause de ces messieurs. Période qui a permit à nos ennemies de s’organiser tranquillement aux fonds de leurs vallées et d’avoir une zone de répit à la proximité immédiat des zones de combat sans qu’on les poursuit. Avant leur capture, les français ont pu patrouiller en quasi-tranquillité jusqu’au fond du vallée d’Alasay. Aprés, l’insurrection a gagné le terrain jusqu’à l’axe Vermont, dont la sécurisation a été une de nos missions principales. Donc oui, ils sont certainement responsables de … beaucoup de mal.
    Ils n’avaient pas de très bons relations avec l’officier presse – vous me voyez profondément désolé. Il me semble qu’ils ont pris la décision d’interviewer les gentils talebs tout seul comme de grands garçons. Qu’ils assument au moins les conséquences. On ne leur demande même pas des excuses – mais qu’ils arrêtent de cracher sur les autres. Je sais, je sais, la polémique ça fait vendre, mais il y a des limites à l’indélicatesse…

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    • Romain Mielcarek

      Effectivement, l’auteur évoque à peine la réalité dont vous parlez. Ce n’est pas le premier de ses soucis.

      Il faut ensuite préciser. Il assure ne jamais avoir voulu interviewer des talibans. Il explique en quoi de tels entretiens sont complexes et long à programmer. Il raconte avoir simplement voulu emprunter l’axe Vermont pour discuter avec les populations et les travailleurs affectés à ce moment à sa construction pour savoir à quelle réalité sécuritaire ils étaient soumis. Il renouvelle la confiance qu’il avait en ses trois accompagnateurs.

      Je pense qu’il faut arrêter dans cette histoire de se focaliser sur le point de vue des militaires d’un côté et des journalistes de l’autre. Les uns et les autres ont le droit et/ou le devoir de faire leur travail dans ce pays. Que des journalistes ne se contentent pas de la bonne parole de nos armées me paraît sein, même si Hervé Ghesquière a peut-être été loin dans son rapport de force avec l’officier presse qui l’accompagnait. Que des militaires cherchent à sauver des otages me paraît également normal. Il peut arriver, malheureusement, que des journalistes, des humanitaires et autres personnes impliquées à travailler sur ce genre de terrain puissent être enlevés. Il s’agit d’une infraction aux conventions de genève.

      Il me paraît également utile de préciser que Hervé Ghesquière n’insulte personne dans son ouvrage. Peut-être, à la limite, pourrions nous dire cela du propos qu’il tien concernant l’officier en charge des médias en Afghanistan sur cette période. Il dit au contraire dans les pages de son livre qu’il respecte l’investissement des soldats qui décident de défendre leur pays et leurs valeurs en s’engageant et en se rendant sur ce théâtre, même si lui, n’est pas convaincu de la légitimité de cette campagne. Il ne me semble pas manquer de respect aux forces françaises et entretenir, au contraire une certaine sympathie envers les hommes et femmes qui portent l’uniforme.

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  • G.

    Je dois admettre que j’ai posté mon commentaire sans avoir lu ce livre. Mea culpa et merci pour vos précisions – même s’ils n’ont pas changé grand-chose à mon point de vue.
    Je l’ai écrit d’après ce que j’ai lu / vu à la presse, les propos que ce monsieur a tenus.

    Qu’il avait confiance dans ses accompagnateurs… puis mention des Conventions de Genève. Sincèrement, je ne pense pas qu’un journaliste de terrain (avec un certain degré d’expérience, je suppose) devrait tenir ces propos. Inter arma silent leges. Ce n’est que ceux qui peuvent/doivent se la permettre qui respectent les lois en conflit armée – et ce n’est pas trois autochtones qui peuvent vous garantir votre sécurité.
    Les journalistes, comme les militaires, doivent dés fois prendre certains risques – je suis d’accord avec vous. Mais le risque pris par ces messieurs et les conséquences qui en découlent me semblent être bien au-delà d’une certaine limite. Il aurait été donc, selon moi, souhaitable qu’ils remercient la France (et ses armées) et gardent profil bas.

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  • Sjg guy

    Il est évident que la détention de Mr Ghesquière à été éprouvante, cela n’est à souhaiter à ,personne, Mais ce journaliste, devrai rester un peu plus humble, et surtout plus respectueux envers les militaires qui ont tout mis en oeuvre pour les retrouver. Mr Ghesquière, ne connait rien de l’armée, il n’a jamais fais l’armée d’ailleurs, tout ce qui ,l’intéresse c’est de faire flatter son Ego. Des hommes sont morts pour lui et son cameramen, s »en souvient t-il ? Maintenant il a fait un livre, il va pouvoir faire gonfler son portefeuille. Aura t-il l’idée de reverser les royalties aux familles des militaires tombés ? NON, il ne le fera pas. Il veut se poser en victime, mais ce pauvre homme est sa propre victime, victime de son immaturité professionnelle, victime du mépris qu’il affiche, surtout envers les militaires, victime de son Ego mal placé, pauvre homme, je n’arrive même pas à le plaindre. Je suis un anciens militaire, et au cour de ma ,longue carrière, j’en ai rencontré des gens comme lui, imbu de leur personnalité, méprisant. Il sont vraiment à plaindre, mais ce n’est pas moi qui le ferait, mon sentiment envers cette catégorie de personne, ets le reflet de leur sentiment : le mépris

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