Printemps arabes, Israël, Chine… derrière le Conclave, les grandes priorités de la diplomatie du Vatican
Alors que le Conclave se réunit au Vatican pour choisir le nouveau pape, la diplomatie du Saint-Siège reste l’une des principales forces diplomatiques au monde. L’occasion de faire un tour d’horizon de ses principales priorités actuelles.
La diplomatie vaticane est la seule diplomatie au monde qui parle vraiment toutes les langues et qui ne travaille pas pour les intérêts d’un pays. La diplomatie pontificale n’est pas une fin en soi, elle est un instrument au service de la vie des Eglises locales d’abord, et de la communauté internationale ensuite.
Dans ce contexte, les premiers nonces, au sens moderne du terme, ont été les légats du pape auprès des évêques et restaient auprès d’eux pour les aider dans l’application des décisions conciliaires. Plus d’une fois, ils ont du adresser une lettre de créance à l’Empereur. Pour mémoire, le premier nonce dans ce sens, était le légat du pape au Concile de Chalcédoine, Julien de Chios, qui en 453, les travaux conciliaires achevés, avait reçu deux lettres de créance du pape Léon le Grand : une pour le patriarche et une pour l’Empereur.
Ces textes exprimaient bien ce qu’est un représentant pontifical : l’oreille et la bouche du pape ! Ce dernier contribue ainsi à résoudre les problèmes qui peuvent surgir dans les relations Eglise-Etats, collaborer à l’affermissement de la paix et rappeler les valeurs éthiques sans lesquelles il ne peut y avoir de société internationale harmonieuse.
Le Saint-Siège entretient actuellement des relations diplomatiques avec 185 pays ainsi qu’avec l’Ordre Souverain et militaire de Malte. Des missions à caractère spécial sont également accréditées: une ambassade de la Fédération de Russie et un bureau de représentation de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). En tout, ce sont plus de 100 missions pontificales qui fonctionnent de par le monde.
Le Secrétaire pour les relations avec les Etats coordonne les informations de type politique et celles qui concernent les relations Eglise-Etat (y compris la préparation des traités bilatéraux, appelés concordats) de telle sorte que les Eglises locales puissent être reconnues juridiquement, et vivre à l’abri de l’arbitraire.
Le Saint-Siège et le Printemps arabe
Aujourd’hui, la principale inquiétude du Saint-Siège, à l’instar des diplomaties occidentales, réside tout simplement dans le fait que les urnes ont ouvert les portes de la politique à la religion musulmane. Dés lors, cette diplomatie de l’Église n’est plus simplement observatrice mais directement impliquée puisqu’il en va de l’avenir vital de populations chrétiennes.
Dans cette perspective, Benoît XVI a déploré ce statut de « spectateurs secondaires de la vie nationale » où sont « relégués » tant de chrétiens quand les lois civiles établissent leurs références fondamentales sur le Coran. Pour la diplomatie vaticane, l’exercice concret de la « liberté religieuse » en Syrie ou en Égypte est plein d’incertitudes.
Dans le conflit syrien, le Vatican avait – jusqu’à présent – adopté une position plutôt neutre et attentiste. Aujourd’hui, le Saint-Siège s’exprime par la voix du nonce du Vatican à Damas. Le droit humanitaire est « tombé en morceaux » en Syrie et son respect par tous les belligérants « doit être exigé dès maintenant », a déclaré monseigneur Mario Zenari, ambassadeur du Vatican à Damas. Derrière ces propos, perce l’inquiétude grandissante de Rome vis-à-vis du sort des chrétiens de Syrie. Pour eux, la chute de Bachar Al-Assad représente un facteur de risque très concret.
Le Liban un modèle pour le Saint-Siège
Le Liban est-assurément considéré comme la clé et le modèle de la politique proche-orientale du Vatican. En substance, le Saint-Siège se positionne ainsi : « sauvons le Liban multiconfessionnel pour sauver les chrétiens. Le Liban ne doit pas être un Etat théocratiquement chrétien ou théocratiquement musulman. Chaque communauté doit avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs ».
La communauté internationale et le Moyen Orient ne peuvent se permettre de perdre de vue une telle réalité, véritable valeur en soi et pour les autres. « Pour remplir son rôle de chef de file et de symbole, le Liban se doit de vivre avec la dignité d’un Etat, uni, indépendant et souverain, et il faut l’aider dans ce sens », indique monseigneur Jean- Louis Tauran, Secrétaire pour les Relations du Saint-Siège avec les États (1991-2003).
Le Vatican et Israël
Après bien des années de polémiques, de résistance et de difficultés depuis juin 1994, le Vatican et Israël ont procédé à un échange réciproque d’ambassadeurs en juin 1994. Il convient de souligner qu’il ne s’agit pas d’un fait isolé, car dans le même temps, le Saint-Siège a aussi établi des relations diplomatiques avec le Royaume de Jordanie et des relations officielles avec l’OLP.
Le Saint-Siège et Jérusalem
Depuis plusieurs décennies, le Saint-Siège souhaite pour Jérusalem un statut adapté à la réalité de cette ville. Revendiquée comme capitale par deux entités nationales bien définies – les Israéliens et les Palestiniens-, elle est considérée comme sacrée par les trois grandes communautés religieuses monothéistes : les israélites, les chrétiens et les musulmans.
En outre il est bien clair « qu’une solution qui ne tiendrait pas compte de chacun de ces aspects d’une manière simultanée et adaptée, mettrait en péril le processus de paix en son entier, en faisant subsister Jérusalem comme objet et motif de conflit », analyse monseigneur Jean-Louis Tauran. Pour lui, il n’y aura de solution politique satisfaisante, aux yeux du monde entier, qu’à la condition de maintenir intacte l’identité religieuse et culturelle de Jérusalem.
De fait, le premier objectif du Vatican est ici de préserver le dialogue inter-religieux. Le fondamentalisme musulman n’est pas l’islam, comme le rappelait récemment le pape : « On ne peut pas tuer au nom de Dieu ».
Le Vatican et la Chine
Le christianisme en Chine a une longue histoire. De fait, des stèles nestoriennes témoignent d’une vie chrétienne dans cette immense partie du monde, et ce, bien avant l’évangélisation des temps modernes. Nous savons qu’il y a eu, depuis les missions de la Compagnie de Jésus jusqu’à nos jours, un échange religieux et culturel fécond entre la Chine et le christianisme.
Aujourd’hui encore la division de l’Eglise entre une communauté en pleine communion et une communauté catholique officiellement reconnue par l’Etat est sans doute une plaie dans le flan de l’Eglise catholique. Il est certain qu’il faudra du temps pour arriver à une réconciliation. « Mais il y a déjà du point de vue religieux, bien des signes qui montrent que tous les catholiques chinois clandestins et officiels, sont désormais convaincus qu’ils appartiennent à l’Eglise catholique, c’est à dire universelle, qui a comme centre de communion le siège apostolique de Rome dont l’évêque, le pape, est garant de l’unité de foi et de la discipline », estime monseigneur Jean-Louis Tauran.
Photos : François Malan, Enrique Cornejo & Saint-Siège

