Des armures liquides pour les soldats britanniques

BAE Systems a présenté la semaine dernière les premiers résultats de ses recherches sur les « armures liquides ». Cette nouvelle génération de protection balistique devrait rapidement remplacer les gilets en Kevlar actuellement utilisés. Plus légers et plus efficaces, les militaires britanniques espèrent les recevoir en opération d’ici une paire d’années.

Comparatif entre les impacts sur du Kevlar brut à gauche et sur l'armure liquide à droite.

Le test a fait sensation : dix épaisseurs de cette nouvelle matière ont mieux encaissé un tir de 9mm que 31 épaisseurs de Kevlar brut. La nouveauté, c’est d’introduire entre deux couches de Kevlar un matériau composite liquide. Le combinaison dépasse tous les résultats des bons vieux gilets pare-balles. Le Kevlar était déjà indispensable sur les champs de bataille, le matériau étant dix fois plus solide que l’acier. Le ministère de la Défense britannique n’a pas caché son intérêt pour ce nouveau produit qui pourrait être opérationnel d’ici 2012-2013.

Mais cette « armure liquide » va surtout changer la vie des soldats au quotidien. Jusqu’à présent, plus de protection voulait souvent dire moins de liberté de mouvement. Cette nouvelle matière surpasse aussi le Kevlar en matière de poids : il est divisé par deux. Une révolution quand on pense aux souffrances causées par des gilets de 40kg portés par les hommes sur des théâtres aux températures élevées. La légèreté de cette armure est aussi une opportunité pour étendre la protection aux membres, les bras et les jambes, particulièrement exposés.

La démonstration faite avec des tirs de 9mm a remporté un certain succès. Les concepteurs ont assuré déjà faire des recherches pour adapter cette technologie à des tirs d’armes d’assaut, citant notamment l’AK47 de Kalachnikov, fusil favori des insurgés du monde entier. Pourquoi pas également développer une version encore plus légère destinée aux forces de sécurité nationales (police, gendarmerie), aux services de secours (ambulances, pompiers) ou même à des utilisations civiles (casques de motards).

Le matériau, comparé à la sauce anglaise « custard », réagit aux impacts différemment des matières classiques. Au moment du choc, les molécules composant le liquide se resserrent, augmentant la résistance et dispersant le choc. Le gilet devient parfaitement rigide pendant une seconde avant que le tissu ne se relâche de nouveau. Le porteur de l’armure pourrait donc non seulement être mieux protégé mais se remettre de l’attaque plus rapidement.

Ce type de technologie fait l’objet de recherches depuis plusieurs années maintenant. Les avancées dans le domaine des nanotechnologies offrent de nombreuses opportunités grâce aux nouvelles caractéristiques de certaines matières à l’échelle nanométrique. Aux Etats-Unis, des chercheurs de l’université du Delaware et du laboratoire de recherche des armées d’Aberdeen s’y consacrent au profit des militaires. Le travail commencé par l’entreprise Armor Holding, a été continué après son rachat par BAE Systems en 2007.

Voir aussi :
Notice BAE Systems sur la Liquid Armor.
Les nanotechnologies au service de la Défense du futur.

Illustration : BAE Systems

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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