La France, figurante en Afghanistan
La démission encouragée du général McChrystal relance un certain nombre de questionnements sur l’Afghanistan dans les médias. En France comme dans les autres pays contribuant à la pacification de ce théâtre d’opération, on suit avec attention les débats … aux États-Unis, car les petits pays n’ont peut être que peu d’influence sur les choix stratégiques de l’OTAN.
« Quand vous êtes actionnaire à 1%, vous n’avez pas la parole. » C’est le constat sévère mais réaliste du général Vincent Desportes, directeur du collège interarmées de défense (CID) dans une interview publiée dans le Monde de ce soir. La France est le quatrième contributeur après les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Le cinquième si l’on compte le contingent d’agents de sécurité privés recruté par le Département de la Défense américain.
Pourtant, 3750 personnels déployés, cela reste un effort modeste en comparaison des 80 000 soldats américains présents en Afghanistan. De fait, Washington domine très largement l’ensemble de la réflexion stratégique dans le pays. C’est au Pentagone que l’on décide si l’on poursuivra ou pas la politique contre insurrectionnelle en cours.
La France qui fait partie des défenseurs de cette doctrine depuis le début de l’engagement en Afghanistan, a toujours été en faveur d’une approche en faveur du développement social et économique au profit de la population. Cette stratégie a été longue a mettre en place et il a fallut le soutien du général David Petraeus pour lui permettre de voir le jour. C’est en Irak à partir de 2004 que ces pratiques ont été appliquées avec le plus de succès, cumulées à un besoin important de renforts.
En Afghanistan, les mêmes projets ont été progressivement mis en place. Plutôt que de se reposer sur un appui matériel important incluant engins blindés en nombre, hélicoptères d’attaques, artillerie et drones armés, l’ISAF a déployé des sections d’infanterie accompagnant au cœur de la population des groupes de soldats et de policiers afghans formés avec attention. L’objectif est simple : détacher les simples citoyens du système politique et économique installés par les Talibans.
Les succès restent cependant modestes. La préparation des forces de sécurité nationales prend beaucoup de temps. Un temps que les pays étrangers ont de plus en plus de difficultés à assumer. Barack Obama a lui même promis d’entamer le désengagement dés 2011. Les autorités afghanes ne seront pourtant pas encore prêtes à prendre le relais. Le système politique est toujours précaire, rongé par la corruption. De même pour l’économie qui peine à trouver ses marques malgré les richesses minérales récemment redécouvertes.
Depuis quelques mois, les résultats de la contre insurrection sont sérieusement remis en question en Afghanistan. Les renforts trop important réclamés par l’armée (sur les 100 000 soldats supplémentaires réclamés par le général McChrystal, Barack Obama en a accordé 30 000), les résultats toujours moyens de l’armée afghane, les dérives engendrées par la corruption, les réseaux criminels ou encore les sociétés privées aux pratiques discutables sont autant de points à améliorer. Le tout avec un nombre de soldats de l’ISAF plus élevé que jamais.
Confrontés à cette insécurité croissante, les soldats américains réclament de pouvoir recourir à nouveau à leur supériorité matérielle. Ils ne ressentent pas la reconnaissance des populations et doutent de leur soutien. Le photoreporter de Paris Match Jonathan Alpeyrie rapportait des propos semblables dans la bouche de légionnaires du 2ème régiment étranger parachutiste le mois dernier.
Quel poids peut donc avoir la France dans le sauvetage de ce qu’il reste de la lutte contre insurrectionnelle ? Le général David Petraeus devrait être un soutien de qualité pour cette doctrine. Les succès enregistrés par les soldats français grâce à une patience et une maîtrise du feu impressionnantes ont été remarqués par les officiers américains. De même que la qualité des formations prodiguées par les équipes de mentoring de l’armée et de la police. Reste que le poids des avis français ne pèsera que peu dans les délibérations politico-militaires de Washington.
Photo : EMA
